Tout devient très compliqué
On a du mal à comparer notre mode de vie actuel, notre façon d'agir et de penser avec ce qui prévalait il y a 10, 20, 50 ou 100 ans. Pour beaucoup d'entre nous, cela tient au simple fait que nous gardons peu de souvenirs précis de la vie quotidienne à ces époques révolues. Sans parler de ceux qui sont morts depuis, ou n'étaient pas nés à l'époque, voire les deux à la fois.
C'est bien le problème de la nature continue du temps. Tout change tellement lentement que l'on ne voit pas que cela change. Alors de temps en temps, il faut un événement particulier, déjà vécu dans le passé, pour pleinement mesurer combien les choses ont évolué. Une telle opportunité m'a été fournie à l'occasion de l'achat d'un nouvel appareil photo. J'avais longtemps reporté cet achat, par fidélité et tendresse envers mon vieil appareil reflex argentique acheté au début des années 80. Il m'a accompagné depuis avec constance, il a partagé mes émerveillements, mes émois et parfois ma lubricité. Je l'avais acheté dans une boutique photo d'Aix en Provence, guère éloignée de la rue du Bon Pasteur où j'habitais à l'époque. Le modèle, un Minolta XG1, m'avait été recommandé par un ami. Je l'avais maîtrisé en quelques minutes tant son utilisation est aisée, tout en offrant une grande liberté de réglage au photographe amateur.
En 2005, place au numérique! Compacité, connectivité, convivialité, que des mots qui commencent par.....bon, passons. Et choisir un appareil photo numérique, c'est recenser, comprendre, analyser et comparer des dizaines de paramètres techniques. Pour cela, Internet est un allié précieux. Tout y est, les spécifications détaillées, les résultats de tests comparatifs, les conseils et les avis d'utilisateurs américains, canadiens, belges, bretons.... Le monde entier est à mes côtés pour m'aider à faire le bon choix. Je n'ai pas poussé le vice jusqu'à comparer les prix pour commander sur Internet au meilleur prix. Non, c'est trop inhumain. Un petit tour à la Fnac des Ternes m'ira très bien. J'aborde un vendeur paresseusement avachi sur sa chaise (c'est quelque chose qui ne change pas avec le temps, cette capacité extraordinaire des vendeurs de matériel photo à se maintenir dans la durée en position avachie) et lui déclare sobrement que je veux acheter un Panasonic FZ5. Au lieu de me dire, oui très bien je m'en occupe, il commence par me vanter les qualités de l'appareil retenu: son point fort, c'est son zoom! Comme si je ne le savais pas, abruti, ça fait 15 jours que je potasse le sujet!!!
Retour à la maison avec la merveille numérique. Au nombre et à l'épaisseur des modes d'emploi, je comprends que, moi qui n'aime pas la facilité, j'ai fait le bon choix. Les modes d'emploi sont rédigés dans un français très correct. Dans le temps, les produits d'origine japonaise étaient toujours accompagnés de manuels truffés de formules amusantes: bravo de avoir choisi cette appareillage remarkable..., mais au moins ils se lisaient vite. Là, c'est plus laborieux. A la hauteur des fonctionnalités de l'appareil. Pas besoin d'être ingénieur, mais çà aide! Après quelques heures de lecture, j'arrive enfin à faire une photo. Mon ficus. Très photogénique. Non la véritable inquiétude, c'est après. Quand il faut transférer les photos, enfin les fichiers (il est important de préciser pour les non-initiés qu'un appareil photo numérique ne prend pas de photos, je sais au début on trouve cela étrange), sur le PC pour pouvoir les récupérer, les stocker et en faire quelque chose. Pourtant tout se passe bien, pas de problème pour installer les logiciels, pas de souci de compatibilité. Pour le moment. Mais dans 5 ou 6 ans, quand j'aurai changé de PC une ou deux fois? Je vais chercher mon vieux Minolta et le serre dans mes bras. Quelque chose me dit que notre histoire n'est pas terminée...
Publicité