Ce sinistre slogan, on le retrouve souvent sur les nombreux panneaux de propagande placés le long des routes cubaines. Enfin ceux qui ont résisté aux cyclones qui reviennent tous les ans balayer le Golfe du Mexique. Les panneaux sont du type de ceux qui défigurent la périphérie de nos villes, mais au lieu de vanter Coca Cola ou Mac Do, ils ont vocation à maintenir la ferveur révolutionnaire au sein du peuple cubain en affichant partout la figure christique du Comandante « Che » Guevara.
Le socialisme ou la mort. Les signes de l’efficacité de l’état castriste à répartir avec justice, la misère et la pénurie sont nombreux : cartes de rationnement pour tous et pour tous les produits et d’abord pour les produits alimentaires de première nécessité, magasins quasiment vides (et encore, je parle des « riches » magasins réservés aux touristes), pénurie de médicaments (sauf pour les touristes semble-t-il) et plus encore de médecins (la plupart ont fui le pays), files d’attente effrayantes pour accéder aux rares bus qui circulent dans La Havane, …
Les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent régulièrement les violations commises par le régime de Fidel Castro (lire, par exemple, le dossier d’Amnesty International ici). Les touristes qui regardent autour d’eux voient bien que les Cubains sont soumis à de fréquents contrôles de police sans doute moins pour "assurer la défense de la Révolution" que pour lutter contre le marché noir auquel les Cubains ont recours pour améliorer leur quotidien. Les touristes échappent à ces contrôles, à l’exception notable de ceux réalisés avec une lenteur et une application toute soviétique, à leur arrivée dans le pays.
La mort, La Havane tente d’y échapper : dans cette ville à la magnifique architecture coloniale, presque tout pourrit, s’affaisse, s’effondre (à l’exception d’une partie de Habana Viejo heureusement restaurée grâce à l’aide de l’Espagne et de l’Unesco). Les rues y sont défoncées et très sales, l’éclairage public quasi-absent, et la pollution générée par les très rares voitures (ces vieilles américaines des années 50 que les Cubains arrivent à faire durer vaille que vaille) proprement asphyxiante.
Socialismo o muerte : tout est dit. Et pourtant, Cuba attire et son régime bénéficie notamment en France d’une certaine complaisance. Le film de Wim Wenders (Buena Vista Social Club) y a contribué avec talent en véhiculant une image de Cuba chaleureuse, pittoresque et figée dans son passé pré-révolutionnaire, mais sans jamais articuler le début d’un constat critique envers la faillite du régime castriste. De la même façon, nombreux sont ceux qui, en France, refusent d’émettre le moindre jugement négatif envers ce pays qui à leurs yeux représente le dernier refuge de l’idéal révolutionnaire et le symbole de la résistance anti-américaine et anti-capitaliste.
Et la photographie dans tout ça ? Il est indécent d’affirmer comme beaucoup que Cuba est le paradis des photographes, tant c’est l’enfer pour les Cubains. On voudrait à la fois éviter de perpétuer ces images d’Epinal aseptisées d’un Cuba façon Hemingway qui n’existe que pour les touristes et ne pas exposer crûment la misère bien réelle et dégradante des Cubains. En réalité, il est pratiquement impossible d’échapper à ces deux écueils, tant les deux Cuba, celui des touristes et celui des Cubains, sont étrangers l’un à l’autre.
Les photos de mon voyage du mois dernier ont été placées dans l’album « USA, Cuba et Caraïbes ».
La photo ci-dessus a été prise en haut des marches du Capitolio. Ces centaines de Cubains attendent un bus.
Ces immeubles délabrés et probablement complètement insalubres se trouvent sur le Paseo Marti (le Prado), tout près du Malecon.